Cela va être difficile, c'est certain. Les avis sur le projet de loi sur les produits à base de cannabis vont dans des directions divergentes. Beaucoup estiment certes qu'il faut y apporter des modifications, mais certains souhaitent une approche plus libérale, d'autres une approche plus restrictive. Et les cantons veulent plus d'argent…
Tu trouveras notre synthèse de la loi sur les produits du cannabis (CanPG) dans le Legalize it! n° 108, aux pages 4 à 11. Nous y résumons les prises de position qui ont été soumises lors de la consultation. Il s’agit d’un fichier PDF de 2'830 pages A4. Nous essayons ici de le résumer en trois pages A5, ce qui donne inévitablement une vue d’ensemble assez sommaire. Mais nous pensons pouvoir présenter ici les principaux points soulevés par les principaux acteurs et actrices.
Les prises de position des cantons présentent un tableau très hétérogène, nombre d'entre eux émettant des réserves quant à la charge administrative liée à la mise en œuvre et au financement.
Les partis sont divisés selon des lignes idéologiques, notamment sur la question de la régulation du marché par opposition à la prohibition.
Les organisations spécialisées dans le domaine des addictions ont tendance à approuver cette mesure, tandis que les associations professionnelles et les organismes de prévention des accidents y sont plutôt opposés.
Dans sa forme actuelle, le projet ne bénéficie pas d'une majorité suffisante, notamment parce que les cantons s'opposent unanimement au modèle de financement (taxe incitative). Un accord ne semble possible que si la Confédération fait un geste envers les cantons en leur accordant une participation au chiffre d'affaires (impôt) et renforce considérablement la protection des mineurs dans le domaine du commerce en ligne.
En se basant sur les prises de position des partis politiques, il est possible de procéder à une « extrapolation » au Conseil national, en transposant les positions qui y sont exprimées à la répartition des sièges des groupes parlementaires (qui comprennent parfois également des partis plus petits). La répartition des forces au sein du Conseil national se présente comme suit :
1 Le bloc des partisans sans réserve (75 sièges) :
Ce groupe soutient les grandes lignes du projet et y voit un changement de paradigme nécessaire en matière de politique en matière de drogues.
2 Les partis qui font pencher la balance, le FDP et le Centre (58 sièges) :
Le FDP est plutôt favorable à cette proposition et, bien que le centre y soit opposé, il devrait y avoir un nombre assez important de voix dissidentes au sein de ces deux partis.
3 Le bloc du rejet de principe (67 sièges) :
Ce groupe souhaite maintenir la prohibition et s’oppose catégoriquement à toute libéralisation de la consommation de * cannabis.
Au sein de l'actuel Conseil national, une alliance favorable à Kern, totalisant 75 voix (PS, Verts, GLP), ferait face à une opposition de principe rassemblant 67 voix (UDC). Le PLR et le centre (58 voix) détiennent la clé du (non-)succès.
Nous partons du principe que le Centre et le PLR ne voteront guère à l'unanimité. Si un tiers du Centre vote pour et un tiers du PLR contre, cela donne au Conseil national 103 « oui » contre 97 « non », et au Conseil des États 25 contre 21. Le projet serait donc adopté de justesse dans les deux cas. Il s’agit, comme cela a toujours été le cas, d’une situation à fifty-fifty qui, au moindre doute, peut basculer vers un rejet clair. Surtout si l’on ne parvient pas à rallier les cantons au projet ou s’il n’y a pas d’accord entre les partisans sur le rapport entre marché et contrôle.
Liens vers des informations complémentaires : hanflegal.ch/canpg
La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N) s'est réunie avec une rapidité surprenante, du 6 au 8 mai 2026, afin de discuter (entre autres) des réponses à la consultation sur la LPCan. Dans son communiqué de presse du 8 mai, on peut lire : « Par 16 voix contre 8 et 1 abstention, la commission a décidé de poursuivre les travaux (…) ». Sa sous-commission doit désormais examiner les principaux points critiques : renforcer la protection des mineurs, augmenter les moyens alloués aux cantons, simplifier l'application de la loi et repenser la vente en ligne. Ce travail devrait être achevé « dans le courant de cette année ». Ce retard repousse encore davantage le projet de LPCan dans l’avenir.
Il sera alors trop tard pour les participants aux projets pilotes : ils devront donc retourner sur le marché noir. Nous travaillons à la mise au point d'une solution provisoire pour éviter que cela ne se produise.