====== Projet de LPCan : résultats de la consultation ====== **Cela va être difficile, c'est certain. Les avis sur le projet de loi sur les produits à base de cannabis vont dans des directions divergentes. Beaucoup estiment certes qu'il faut y apporter des modifications, mais certains souhaitent une approche plus libérale, d'autres une approche plus restrictive. Et les cantons veulent plus d'argent...** Tu trouveras notre synthèse de la loi sur les produits du cannabis (CanPG) dans le Legalize it! n° 108, aux pages 4 à 11. Nous y résumons les prises de position qui ont été soumises lors de la consultation. Il s’agit d’un fichier PDF de 2'830 pages A4. Nous essayons ici de le résumer en trois pages A5, ce qui donne inévitablement une vue d’ensemble assez sommaire. Mais nous pensons pouvoir présenter ici les principaux points soulevés par les principaux acteurs et actrices. ===== Principaux points critiqués ===== - **Charge administrative**: de nombreux cantons estiment que le projet est trop complexe, trop bureaucratique et trop coûteux à mettre en œuvre. - **Financement**: on reproche au fait que la taxe incitative revienne à la Confédération, alors que ce sont les cantons qui assument l'essentiel de la charge liée à la prévention et au contrôle ; on réclame souvent une taxe à la consommation affectée à un usage spécifique (à l'instar de celle sur les spiritueux). - **Fondement scientifique**: plusieurs participants demandent d'attendre d'abord les résultats des essais pilotes en cours. - **Protection des mineurs**: des critiques sont formulées concernant les lacunes du dispositif de protection des mineurs. On craint également une banalisation de la consommation. ===== Résumé des blocs de pouvoir ===== Les prises de position des cantons présentent un tableau très hétérogène, nombre d'entre eux émettant des réserves quant à la charge administrative liée à la mise en œuvre et au financement. Les partis sont divisés selon des lignes idéologiques, notamment sur la question de la régulation du marché par opposition à la prohibition. Les organisations spécialisées dans le domaine des addictions ont tendance à approuver cette mesure, tandis que les associations professionnelles et les organismes de prévention des accidents y sont plutôt opposés. - **Le bloc des cantons majoritairement opposés**: la mise en œuvre est critiquée pour sa complexité, son caractère bureaucratique et son sous-financement. Bien que de nombreux cantons n’excluent pas a priori une libéralisation, ils rejettent le projet concret en raison de la répartition des charges. De nombreux cantons changeraient d’avis si un impôt affecté (versé au Trésor public) était introduit à la place de la taxe incitative (redistribuée à la population). Or, un impôt nécessiterait une modification constitutionnelle soumise à un référendum obligatoire. - **Le bloc des partisans progressistes** (partis de gauche et Verts ainsi que des organisations spécialisées) : le projet est salué comme une avancée majeure pour la santé publique, la protection de la jeunesse et la dépénalisation. Ce bloc soutient fermement le modèle à but non lucratif et l’interdiction de la publicité, mais réclame également, en partie, des solutions pour les mineurs. - **Les sceptiques libéraux sur le plan économique (FDP et milieux d'affaires)**: bien que le FDP soit plutôt favorable à la proposition, il s'oppose à l'interdiction de l'intégration verticale et à l'interdiction de réaliser des bénéfices, car cela entraverait l'efficacité du marché et la lutte contre le marché noir. Ils réclament une réglementation plus proche du marché et l’implication d’entreprises privées plutôt que des concessions purement publiques. - **Le bloc favorable à une prohibition stricte (UDC et Croix Bleue)**: le cannabis est considéré comme une drogue d’initiation dangereuse ; la légalisation conduirait à sa normalisation et mettrait à rude épreuve les services sociaux. Ils réclament le rejet du projet ou un durcissement massif de la législation (vente autorisée uniquement à partir de 25 ans). ===== Bilan des rapports de force ===== Dans sa forme actuelle, le projet ne bénéficie pas d'une majorité suffisante, notamment parce que les cantons s'opposent unanimement au modèle de financement (taxe incitative). Un accord ne semble possible que si la Confédération fait un geste envers les cantons en leur accordant une participation au chiffre d'affaires (impôt) et renforce considérablement la protection des mineurs dans le domaine du commerce en ligne. ===== Qu'en est-il au Parlement ? ===== En se basant sur les prises de position des partis politiques, il est possible de procéder à une « extrapolation » au Conseil national, en transposant les positions qui y sont exprimées à la répartition des sièges des groupes parlementaires (qui comprennent parfois également des partis plus petits). La répartition des forces au sein du Conseil national se présente comme suit : **1 Le bloc des partisans sans réserve (75 sièges) :** Ce groupe soutient les grandes lignes du projet et y voit un changement de paradigme nécessaire en matière de politique en matière de drogues. * PS (41 sièges) : salue expressément ce projet de loi, qu'il considère comme une avancée majeure, mais demande en outre la légalisation des « Cannabis Social Clubs ». * Les Verts (23 sièges) : soutiennent fermement le projet de loi et réclament une culture écologique ainsi que l'impunité pour les mineurs. * GLP (11 sièges) : se félicite du passage à un marché réglementé, estimant que l'approche prohibitionniste a échoué. **2 Les partis qui font pencher la balance, le FDP et le Centre (58 sièges) :** Le FDP est plutôt favorable à cette proposition et, bien que le centre y soit opposé, il devrait y avoir un nombre assez important de voix dissidentes au sein de ces deux partis. * PLR (27 sièges) : soutient le cadre fondé sur des données scientifiques, mais s'oppose au monopole d'État sur la vente, à l'interdiction de l'intégration verticale et à l'interdiction de réaliser des bénéfices. Cela va en partie à l'encontre du modèle « la protection de la santé prime sur le profit » proposé dans le projet. * Le Centre (31 sièges) : bien que cette proposition émane d'un représentant du Centre (l'ancien conseiller national Heinz Siegenthaler), le groupe rejette néanmoins le projet, estimant que la levée de l'interdiction enverrait un mauvais signal aux jeunes et serait irresponsable sur le plan de la politique de santé. **3 Le bloc du rejet de principe (67 sièges) :** Ce groupe souhaite maintenir la prohibition et s’oppose catégoriquement à toute libéralisation de la consommation de * cannabis. * UDC (67 sièges) : rejette catégoriquement le projet, le qualifie de « monstre bureaucratique » et craint à la fois une hausse des coûts de la santé et une mise en danger de la jeunesse. ===== Tout au plus une courte majorité ===== Au sein de l'actuel Conseil national, une alliance favorable à Kern, totalisant 75 voix (PS, Verts, GLP), ferait face à une opposition de principe rassemblant 67 voix (UDC). Le PLR et le centre (58 voix) détiennent la clé du (non-)succès. Nous partons du principe que le Centre et le PLR ne voteront guère à l'unanimité. Si un tiers du Centre vote pour et un tiers du PLR contre, cela donne au Conseil national 103 « oui » contre 97 « non », et au Conseil des États 25 contre 21. Le projet serait donc adopté de justesse dans les deux cas. Il s’agit, comme cela a toujours été le cas, d’une situation à fifty-fifty qui, au moindre doute, peut basculer vers un rejet clair. Surtout si l’on ne parvient pas à rallier les cantons au projet ou s’il n’y a pas d’accord entre les partisans sur le rapport entre marché et contrôle. Liens vers des informations complémentaires : [[https://www.hanflegal.ch/wiki/aktuelles/pi2020|hanflegal.ch/canpg]] ===== Le projet est en cours de révision ===== La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N) s'est réunie avec une rapidité surprenante, du 6 au 8 mai 2026, afin de discuter (entre autres) des réponses à la consultation sur la LPCan. Dans son communiqué de presse du 8 mai, on peut lire : « Par 16 voix contre 8 et 1 abstention, la commission a décidé de poursuivre les travaux (...) ». Sa sous-commission doit désormais examiner les principaux points critiques : renforcer la protection des mineurs, augmenter les moyens alloués aux cantons, simplifier l'application de la loi et repenser la vente en ligne. Ce travail devrait être achevé « dans le courant de cette année ». Ce retard repousse encore davantage le projet de LPCan dans l’avenir. Il sera alors trop tard pour les participants aux projets pilotes : ils devront donc retourner sur le marché noir. Nous travaillons à la mise au point d'une solution provisoire pour éviter que cela ne se produise.